PREVENTION ET DIAGNOSTIC DES TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE CHEZ LES ENFANTS

Que doivent savoir parents et enseignants sur les troubles du comportement alimentaire chez les enfants ?

Le mal-être d’un enfant ou d’un adolescent peut s’exprimer de beaucoup de façons, l’une d’elles est l’apparition de changements dans le comportement alimentaire.

En considérant les habitudes alimentaires comme le reflet des besoins affectifs et de l’état mental de la personne, nous pouvons comprendre que la relation entre alimentation et humeur est très étroite.

Il est important de garder à l’esprit que ce sont des changements qui impliquent toutes les facettes de la personne, allant de l’individuel : image de soi et capacité à connaître ses propres besoins, au relationnel : contexte familial, éducatif, social et communautaire.

Ainsi, ils peuvent être considérés comme un changement dans notre rapport à nous-même et aux autres.

Parmi les facteurs individuels associés, nous avons la puberté (insécurité due aux changements physiques et psychiques), les premiers contacts sexuels, le perfectionnisme, l’impulsivité, l’insatisfaction corporelle, les critiques liées au corps, l’isolement social, le manque d’assertivité et une faible estime de soi, l’instabilité émotionnelle, les séparations et décès, et les épreuves de la vie.

D’un point de vue social, la publicité et les médias promeuvent en majorité des corps et des visages extrêmement minces qui, à force de répétition, finissent par se convertir en idéal de beauté. Leur influence est encore plus forte chez les mineurs car ils sont les plus vulnérables étant donné que pour leur personnalité, leur image et leurs valeurs, ils cherchent à se conformer. Ils peuvent arriver à un niveau d’exigence et de perfectionnisme inaccessible associé à un haut niveau d’insatisfaction personnelle.

D’un autre côté, il ne faut pas oublier le rapport entre le genre et l’alimentation puisqu’être une femme implique une exigence sociale différente liée à l’image du corps.

Il existe des caractéristiques familiales associées à l’apparition des troubles de l’alimentation. Parmi elles, nous avons :

– Manque de communication – Faible résolution des conflits – Surprotection – Rigidité ou mélange des rôles familiaux – Préoccupation excessive des parents pour l’image – Avoir des membres de sa famille qui souffrent de troubles affectifs, d’addictions ou de désordres alimentaires

Dans beaucoup de cas il y a une relation entre accès de boulimie et stress, comme un moyen dysfonctionnel de gérer l’anxiété.

En analysant plus en profondeur, au-delà du rapport de ces troubles avec l’apparence physique, il convient de rappeler que les enfants sont particulièrement vulnérabes à ce type de problèmes, puisque d’un côté ils ne disposent pas de tant d’outils que ça pour gérer le stress, et que très souvent ils n’ont pas développé une attitude critique envers les valeurs esthétiques dominantes, ce qui peut avoir des répercussions sur la confiance qu’ils ont en eux-mêmes.

Il est de la responsabilité des adultes qui les entourent de créer avec eux un lien sûr leur permettant d’accepter les critiques sans que cela ne porte préjudice à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Si l’enfant est entouré de tranquilité, de sécurité et qu’il est valorisé, l’impact des jugements extérieurs sera bien moindre.

Toutefois, dans le cas où un mineur serait exposé à des critiques et des exigences continuelles dans un climat social de culte du corps, et qu’il n’aurait pas de soutien de la part des adultes de son entourage, la répercussion sur son identité irait assurément de pair avec un désordre émotionnel..

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SIGNAUX D’ALERTE

Il existe différents indicateurs qui peuvent indiquer qu’un mineur présente des troubles du comportement alimentaire. Ces indicateurs doivent alerter les adultes pour qu’ils puissent les évaluer et chercher les solutions nécessaires dans le cas où l’alarme est justifiée.

  • Signes physiques :
    • Perte de poids d’origine inconnue. • Défaut de croissance normale pour son âge et son poids. • Complications médicales dues à un excès d’exercice physique. • Chez les filles, irrégularité des cycles menstruels et/ou aménorrhée. • Ostéoporose. • Hirsutisme ou lanugo. • Hypertrophie parotidienne. • Anomalies dentaires. • Callosités aux jointures des doigts.
  • Signes comportementaux :
    • Disparaître après les repas et s’enfermer dans les toilettes. • Intérêt grandissant pour les thèmes de la gastronomie, des vêtements et de la mode. • Tendance à cacher certaines parties du corps avec les vêtements. • Tendance à fréquemment éviter certains repas ou aliments. • Isolement social. • Augmentation des activités “utiles” et des heures passées à étudier.
  • Signes psychologiques :
    • Obsession du poids et du visage. • Sévère déformation de l’image du corps. • Perfectionnisme et insatisfaction. • Instabilité émotionnelle. • Baisse de l’estime de soi. • Impulsivité.

GUIDE POUR PARENTS ET ENSEIGNANTS

Il existe une série de thèmes qui peuvent aider les enfants à se sentir mieux dans leur peau; nous pouvons souligner :

– Amour et confiance inconditionnelle pour le développement d’un lien sûr – avoir des créneaux pour les loisirs et le plaisir, partager – être disponible pour les écouter parler de leurs préoccupations, pour pouvoir parler en restant naturel et sans juger. Être une référence pour eux – les aider à développer leur esprit critique par rapport aux valeurs esthétiques dominantes : la publicité et les médias – contribuer à booster la prise d’initiatives personnelles et la créativité quand il faut affronter un problème – encourager l’autonomie et l’assertivité pour maintenir son opinion et ses valeurs face à la pression du groupe – encourager les aptitudes sociales et professionnelles : renforcer les valeurs qui favorisent la connaissance et l’acceptation de son propre corps et de celui des autres, la liberté personnelle, la responsabilité, l’estime de soi, la tolérance, l’égalité, le respect des différences, la solidarité, la justice, l’esprit critique, la résolution pacifique des conflits personnels, familiaux et sociaux, et la maturité – environnement familial sécurisant : pas de surprotection, ni de règles rigides, ni d’exigences élevées – aider l’enfant à détecter ses besoins – faciliter l’expression des émotions à travers des biais verbaux et non verbaux (ex : le jeu, les arts plastiques, etc.) – régulation émotionnelle : impulsivité, tolérance à la frustration (ex : pleine conscience)

Quand demander de l’aide à un professionnel ?

Si dans le milieu scolaire ou familial on détecte un possible problème dans le comportement alimentaire de l’enfant, il est important de ne pas laisser passer de temps et demander de l’aide le plus tôt possible. L’anorexie et la boulimie ne sont pas des problèmes uniquement liés à l’alimentation mais également à la façon dont l’enfant s’apprécie et se perçoit et à la façon dont il affronte la vie, et il est nécessaire qu’un psychologue clinicien évalue la nécessité d’une intervention psychothérapeutique.

Le traitement psychothérapeutique, grâce à une relation de confiance, permettra de créer un espace d’écoute où l’on pourra aider l’enfant et sa famille à s’exprimer, à mettre des mots, à réfléchir à ce qui se passe, à élaborer et à comprendre afin de pouvoir atténuer l’auto-exigence et le perfectionnisme, réduire la symptomatologie associée et améliorer le bien-être individuel et familial.

Auteur: Mª Victoria Sánchez López, Psychologue Specialisé en Psycologie Clinique.

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